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L'une des stars les plus indépendantes d'Hollywood voit le jour dans une famille bourgeoise du Middle West. Carole Lombard est née le 6 octobre 1908 à Fort Wayne dans l'Indiana. Elle est le troisième enfant de Frederick C. et Elizabeth Knight Peters qui la prénomme Jane Alice. Les Knight et les Peters sont deux riches familles de Fort Wayne. (C'est l'arrière grand père de Carole qui a fait poser le câble transatlantique).
La petite fille grandit dans un
milieu très privilégié, ce qui lui donne très tôt une grande confiance en
elle. Mais les relations conflictuelles avec ses parents affectent la
jeune enfant. Frederick Peters, victime d'une blessure à la tête, souffre
de douleurs permanentes et de sautes d'humeurs très violentes. Son
caractère imprévisible contraste avec la personnalité exubérante et haute
en couleur de sa femme. Jane ne s'entend pas avec son père et quand elle a
besoin d'affection et de soutien, elle se tourne toujours vers sa mère
qu'elle appelle Totsie. Totsie élève Jane pour qu'elle soit indépendante.
C'est une mère formidable et Jane se sent très proche d'elle. Totsie ne
ressemble pas aux mères de l'époque (elle adore, par exemple, la
numérologie. Elle tire les cartes et lit les lignes de la main). Elle
connaît également la foi Baha'ie qui prône l'égalité totale entre les
hommes et les femmes, idéologie qu'elle enseigne à sa
fille.
Jane devient bientôt un intrépide garçon manqué. Elle partage les jeux et les bagarres de ses deux frères aînés : Frederick et Stuart. En 1914, les deux garçons aident leur petite sœur de six ans à supporter la séparation de leurs parents. Madame Peters emmène alors les trois enfants en Californie pour entamer une nouvelle vie. L'argent de la famille leur permet de s'installer dans un quartier de la classe moyenne près du centre de Los Angeles. La petite fille se sent parfaitement à son aise dans le brouhaha et l'agitation de la grande ville. Los Angeles est alors en pleine expansion grâce au boom de l'industrie du cinéma. Jane se précipite chaque semaine dans la salle de son quartier et rêve de vivre les aventures qu'elle voit sur l'écran. (Ses stars favorites étaient Kathlyn Williams et Pearl White dans des séries d'aventure où elles triomphaient toujours. Jane adorait ce type d'héroïne).
En 1921, la pétillante adolescente de douze ans a un premier aperçu d'Hollywood. Tandis qu'elle
apprend à faire de la boxe chez un voisin, elle est repérée par un certain
Allan Dwan, réalisateur de cinéma. Dwan la trouve parfaite pour un petit
rôle dans son nouveau projet, un drame intitulé A
Perfect Crime. Le film ne reste pas dans les annales mais ce
premier contact avec la comédie donne à Jane l'envie de
continuer.
L'ambition
de Jane est favorisée par sa beauté naissante. En 1924, à quinze ans, elle
est élue reine de mai dans son lycée. Peu après, elle est invitée à passer
une audition pour le légendaire Charles Chaplin qui cherche une partenaire
pour son prochain film. Jane ne décroche pas le rôle mais sa rencontre
avec Chaplin attire l'attention d'un autre personnage important
d'Hollywood : Wilfried Sheehan, le patron de la Fox. Sheehan est
impressionné par son aplomb et son charme. En octobre, il fait signer un
contrat d'un an à cette apprentie starlette. Avec la bénédiction de sa
mère, elle arrête ses études et accepte de prendre un nom plus exotique
que Jane Alice Peters, devenant ainsi Carole Lombard (Une de ses amies
s'appelait Carole et elle connaissait des Lombard dans
l'Indiana).
Au cours de l'année suivante, Carole obtient quelques petits rôles comme celui qu'elle interprète dans le film catastrophe The Johnstown Flood avec Janet Gaynor ou encore dans un western : Hearts and Spurs, avec le cow-boy vedette de la Fox, Buck Jones. A la ville, cette garçonne de dix-sept ans se soucie peu des conventions. Les années folles battent leur plein et elle profite de tous les plaisirs que lui offrent la vie. Elle est très à l'aise avec sa sexualité et adore être le centre d'attention. On la voit souvent dans les soirées et les boîtes à la mode ; en général, aux bras d'hommes séduisants.
Mais la jeune actrice qui n'a pas sa langue dans sa poche manque d'expérience pour transposer à l'écran sa personnalité bouillonnante. En 1926, elle est très déçue quand la Fox ne renouvelle pas son contrat après seulement six films.
Quelques mois plus
tard, une terrible épreuve attend la tourbillonnante Carole. Juste avant
son dix-huitième anniversaire, elle part en virée avec des amis. Leur
aventure prend un tour dramatique quand le conducteur perdant le contrôle
du véhicule provoque un accident. Elle traverse le pare-brise et un éclat
de verre lui entaille le visage sur 6 ou 7 cm sur la joue gauche, jusqu'au
nez. Carole est transportée à l'hôpital où son beau visage est recouvert
de bandages. Elle attend avec angoisse le moment de les enlever, craignant
d'être défigurée à vie. Mais quelques semaines plus tard, elle est
soulagée de constater qu'elle n'a qu'une petite cicatrice sur la
joue.
Elle retrouve bientôt son ambition et son énergie et se démène plus que jamais pour relancer sa carrière. En 1927, après une série d'auditions décevantes, la jeune actrice est finalement engagée par le réalisateur de comédies burlesques Mack Sennett, le "roi de la comédie", pour jouer dans ses courts métrages comiques. Carole prouve rapidement qu'elle est plus qu'une jolie jeune fille à la silhouette gracieuse. Elle découvre alors que le côté débridé des films de Sennett convient parfaitement à sa personnalité et que son talent comique ne fait aucun doute. Même quand elle fait la folle dans des scènes comiques, elle garde son naturel et son aplomb. Elle apprend beaucoup avec Mack Sennett, notamment le sens du rythme.
En 1928, Hollywood passe à grands frais du cinéma muet au parlant et de nombreuses stars se retrouvent bientôt au chômage. C'est une chance pour Carole car elle possède une voix mélodieuse comme elle le prouve dans des films parlants tels que Show Folks et High Voltage.
En 1930, elle donne un nouveau coup d'accélérateur à sa carrière en jouant dans la comédie Safety in Numbers. Sa prestation lui vaut un contrat de sept ans avec la Paramount pour un cachet de 375 dollars par semaine. Carole Lombard sait que sa carrière est lancée, bientôt elle sera l'une des stars montantes d'Hollywood.
Au début des années 30, Carole continue à tourner des films et des publicités. Ce qui ne l'empêche pas de trouver le temps de tomber amoureuse, souvent de ses partenaires à l'écran. Parmi ses nombreux amants, il y en a un qui sort du lot : William Powell avec qui elle tourne Man of the World en 1931. Malgré une différence d'âge de seize ans, Carole est éblouie par la sophistication et le charme de Powell tandis qu'il est séduit par sa chaleur et sa confiance en elle. En juin, Carole Lombard, vingt-trois ans, épouse William Powell, trente-neuf ans, lors d'une cérémonie privée à Beverley Hills.
Mais bien vite, le mode de vie tranquille de William s'accorde mal avec la nature indépendante et parfois extravagante de Carole. C'est un couple surprenant car William est guindé et distingué tandis qu'elle est délurée avec un côté délirant. (Lui aimait par exemple les danses de salon et Carole, le jazz).
En 1932,
alors que son couple bat de l'aile, Carole fait équipe avec une star
prometteuse prêtée par la MGM, un certain Clark Gable. Le film est une
comédie un peu osée : No man of her own. A
l'écran, le couple fait des étincelles mais en coulisses, le courant ne
passe pas entre l'actrice indomptable et le séduisant acteur. Elle le
trouve prétentieux (Clark possède à l'époque une sacrée réputation auprès
des femmes). Après le tournage, ils s'offrent mutuellement des cadeaux
assez particuliers pour être quitte et enterrer la hache de
guerre...
En 1932 toujours, Carole se sent de plus en plus étouffée par sa vie conjugale et entame alors une liaison avec le scénariste Robert Riskin. Cette aventure a raison de l'union entre Lombard et Powell. En juillet 1933, après deux années difficiles, le couple se résout à divorcer. Malgré leur divorce, William ne dira jamais du mal de Carole, il est toujours élogieux à son égard. Carole non plus n'a aucune animosité envers son ex-mari. Elle sait que leurs personnalités sont simplement incompatibles. Pendant les mois difficiles qui suivent le divorce, la jeune actrice de vingt-cinq ans rend souvent visite à son amie Elizabeth Stack et se lie d'amitié avec son jeune fils alors adolescent, Robert.
Cependant,
bien vite, la vie amoureuse de Carole prend un nouveau tournant quand en
1933, au cours d'une soirée avec Robert Riskin, elle fait la connaissance
de l'un des chanteurs de charme le plus connu des Etats-Unis : Russ
Columbo, surnommé le "Roméo chantant". Quelques jours plus tard,
la star de cinéma et le chanteur deviennent inséparables. Ils sont tout
deux plein d'énergie et très expansifs et forment ainsi un couple
soudé.
Le bonheur
sentimental de Carole coïncide avec sa meilleure prestation à l'époque.
Après plus de quarante films, elle est choisie pour une comédie d'Howard
Hawks qui voit en elle un potentiel encore inexploité. Dans Twentieth Century aux côtés de John Barrymore,
Carole joue le rôle d'une star de cinéma excentrique poursuivie dans un
train par un producteur de théâtre désespéré qui n'est autre que son
ex-mari. (Les premiers jours de tournage ont été catastrophiques. Carole
était intimidée d'avoir pour partenaire une légende comme John Barrymore.
Howard Hawks lui a dit : Rejoue la scène,
frappe-le, gifle-le, fais ce qui te passe par la tête mais arrête de jouer
la comédie. Si tu continues à jouer, je te vire. Barrymore a
été pris par surprise. A partir de ce moment-là, Carole a senti qu'elle
jouait mieux). A mesure qu'elle prend confiance dans ses talents
d'actrice, Carole n'est plus intimidée par John Barrymore. Elle se lie
alors d'amitié avec le célèbre acteur et sa nouvelle femme
Elaine.
Carole Lombard est de toutes les fêtes hollywoodiennes et l'ancienne garçonne délurée des années vingt organise des soirées qui comptent parmi celles des plus courus du Hollywood des années trente. (Elle invitait les techniciens comme Louis B. Mayer. Elle mélangeait tout le monde. Les gens connus n'appréciaient pas particulièrement mais elle ne se préoccupait pas de cela, faisant toujours ce qui lui semblait juste).
En 1934, Carole est aux anges quand après un an de liaison, Russ et elle décident de se marier. Mais le 2 septembre de la même année, l'actrice reçoit une nouvelle tragique : Columbo était chez un ami, il manipulait un vieux pistolet. Le coup est parti tout seul. Après avoir ricoché, la balle lui a traversé l'œil, le tuant sur le coup. Carole est alors anéantie. A l'enterrement, elle s'effondre sans pouvoir se contrôler. Elle dira plus tard que Russ Columbo a été son grand amour.
Après la mort de Russ Columbo, Carole va devoir
une fois encore puisé dans sa force intérieure pour se relever du plus
grand drame de sa vie. En 1935, à vingt-sept ans, elle surmonte la douleur
qui l'accable en se jetant à corps perdu dans le travail aux studios de la
Paramount. L'actrice tourne principalement des films de séries B mais son
sérieux et son professionnalisme ne sont jamais pris en défaut.
Coopérative avec le studio et la presse, elle se taille la réputation
d'une actrice on ne peut plus professionnelle. Elle s'emploie également à
défendre les faibles. Par exemple, un jour, un caméraman est renvoyé à la
demande d'un acteur. Carole fait alors grève et l'employé a retrouvé son
emploi grâce à son soutien.
Parmi ses plus grands fans, on trouve son ex-mari William Powell à qui elle doit un sérieux coup de pouce. Tournée en 1936, la comédie My man Godfrey raconte l'histoire d'un clochard qui devient majordome et sème la pagaille dans une famille de la bonne société. A l'origine le premier rôle féminin devait revenir à Myriam Hopkins mais Powell a une meilleure idée : il accepte de jouer Godfrey à la condition que Carole soit sa partenaire. Le studio est surpris car ils viennent de divorcer mais pour lui c'est l'actrice idéale, n'ayant pas peur de se moquer d'elle-même. Elle est merveilleusement cinglée avec un grand naturel, expliquera Robert Stack. Pendant le tournage, Carole confirme ses talents comiques mais elle prouve aussi sa générosité. En cas de tension sur le plateau, elle fait exprès de rater les prises pour détendre l'atmosphère.
L'efficacité de Carole en tant qu'actrice vient en partie de son sens du burlesque qui contraste avec son élégance. My man Godfrey est un triomphe critique et publique qui lui vaut sa première nomination aux oscars.
La vie privée de Carole est également au beau fixe. En janvier 1936, elle préside le bal Mayflair à Beverley Hills où elle retrouve son partenaire d'autrefois, Clark Gable. En quatre ans, Clark est passé du statut d'acteur prometteur à celui de star la plus convoitée d'Hollywood et ce malgré ses doutes sur son propre talent. Marié deux fois à des femmes plus âgées que lui, il reste un incorrigible coureur. Ce soir-là, il tombe sous le charme de Carole. Ils discutent tous les deux puis s'éclipsent ensemble de la soirée.
Ces retrouvailles impromptues avec un Clark Gable fraîchement séparé de sa femme se transforment en une liaison plus sérieuse. (Clark n'avait jamais rencontré de femme comme elle. Elle le complétait et le remettait en question. Il était très intrigué par elle. Ils sont sortis ensemble. C'est devenu sérieux et ça s'est su ; notamment à Hollywood même si Clark était encore marié. Ca aurait pu briser leurs carrières mais leur couple est au contraire devenu légendaire).
Lombard et Gable deviennent bientôt l'un des couples les plus célèbres des Etats-Unis même si Clark repousse l'échéance d'un divorce coûteux et difficile. Le couple défie la morale de l'époque en vivant sous le même toit aux vues et aux sues de tout le monde. Pour la première fois, Carole se sent prête à vivre une expérience paisible. Elaine Barrymore expliquera qu'une fois qu'ils ont été ensemble, c'était comme si Hollywood n'existait plus pour elle. Il la comblait. Elle aimait le faire rire, il était bon public.
Carole
Lombard est parfaitement heureuse personnellement et professionnellement.
Mais elle va bientôt comprendre qu'il va falloir qu'elle use de tout son
charme et de toute son audace pour garder dans ses filets le roi
d'Hollywood.
En 1937, Carole Lombard grâce à son succès dans My man Godfrey enchaîne avec une autre comédie tournée cette fois-ci en technicolor : Nothing Sacred, réalisé par William Wellman et produit par David O. Selznick, raconte l'histoire à la fois drôle et cynique de Hazel Flagg, une jeune fille de province que tout le monde croit condamner suite à une erreur de diagnostic. Sa vie est exploitée par un journaliste new-yorkais joué par Fredric March. C'est une comédie au rythme échevelé ce qui lui donne une pêche que peu de comédies ont. Carole est parfaite dans ce rôle.
Nothing Sacred est un nouveau succès pour Carole.
Toutefois quand il sort sur les écrans, elle veut briser son image de
comédienne burlesque. Elle rêve de décrocher le rôle le plus convoité de
l'histoire du cinéma : Scarlett O'Hara dans Gone with the Wind.
Clark Gable est pressenti pour jouer Rhett Butler
et pour avoir plus de poids, Carole Lombard tourne une série de films
dramatiques. Avec Cary Grant dans In Name Only
et en 1939, avec James Stewart dans Made for each
other. Dans ce film, elle ressemble à celle qu'elle était dans la
vie. Il s'agit de l'histoire d'un jeune couple où elle s'efforce d'être
une bonne épouse et de remonter le moral de tout le monde. Mais même quand
elle interprète des films dramatiques, Carole ne se départit jamais de son
légendaire sens de l'humour.
En 1939, elle est profondément déçue quand le rôle de Scarlett O'Hara est confié à Vivien Leigh. Comble de l'ironie, Clark Gable a accepté celui de Rhett Butler à son instigation. (N'ayant pas confiance en ses talents d'acteurs, Carole a vraiment dû le pousser, elle savait qu'il serait parfait). Mais pour Carole le choix de Clark pour le rôle a un autre avantage. Pour le convaincre, la MGM lui a offert de lui payer son divorce et le 29 mars, à trente ans, Carole Lombard décroche un rôle beaucoup plus intéressant que celui de Scarlett : elle devient Madame Gable. Elle est bien décidée de faire de son deuxième mariage un succès mais ça ne sera pas chose facile. Clark est amoureux mais on dit qu'il a des aventures après le mariage. Rumeurs fondées ou non, Carole en souffre d'autant plus qu'elle fait tout pour être une bonne épouse, se mettant à partager les loisirs de son époux.
Malgré tout, Carole et Clark apparaissent comme le couple le plus heureux d'Hollywood, ils s'entendent à merveille et s'installent dans un ranch à Encino dans la vallée de San Fernando.
En décembre, Carole est fière d'accompagner son mari à la première de Gone with the Wind à Atlanta. C'est une soirée triomphale. Mais de l'autre côté de l'océan, une page sombre de l'Histoire est en train de s'écrire. Après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie, l'Europe est entrée en guerre. L'Amérique observe le conflit avec inquiétude tandis que Carole proclame haut et fort son patriotisme.
En 1941, Carole tourne une autre comédie burlesque : Mr. & Mrs Smith avec Robert Montgomery. Le réalisateur Alfred Hitchcock tourne alors sa seule comédie hollywoodienne juste pour le plaisir de travailler avec elle. Ils plaisantent beaucoup ensemble et Carole s'entend également bien avec la femme d'Alfred Hitchcock.
Quelques mois plus tard, à l'automne 1941, Carole commence un tournage qui cadre
bien avec son amour de la démocratie. To be or not to
be est une comédie dramatique d'Ernest Lubitsch's qui n'a pas peur
de montrer Hitler et la guerre sous un jour satirique. A l'affiche de
To be or not to be, Carole retrouve son vieil
ami Robert Stack. L'adolescent qu'elle a connu est devenu un jeune acteur
séduisant.
Mais la menace nazie dont se moque Carole à l'écran devient bientôt une réalité angoissante avec l'entrée des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale. Aucune actrice ne s'impliquera autant que Carole Lombard dans cette nouvelle cause et aucune ne le payera aussi cher...
En décembre
1941, tandis que l'Amérique se prépare à entrer en guerre, Carole écrit au
président Roosevelt et lui propose ses services et ceux de son mari pour
aider la cause de l'Amérique. Quelques jours plus tard, Clark Gable est
nommé président de la division des acteurs du comité de la victoire à
Hollywood. La maison blanche demande à la plus grande star du pays de
faire une apparition publique sur sa terre natale, en Ohio, pour vendre
des emprunts de guerre. Mais Clark est très réticent, ce qui déclenche un
conflit ouvert avec Carole. (Il n'aimait pas les foules et ne savait pas
quoi dire. Ce n'était pas son métier. Carole lui a dit : "Ce serait un honneur qu'on me le demande. et
il a répondu : "Considère que c'est fait.
" Il l'a alors envoyée faire campagne chez elle, pour vendre
des emprunts de guerre dans l'Indiana. Elle lui a demandé de venir mais il
a refusé). Clark et Carole se disputent toujours le 12 janvier 1942 quand
Carole, sa mère et le publiciste de la MGM, Otto Winkler, prennent le
train pour un premier meeting pour l'emprunt de guerre à Indianapolis.
Malgré le froid, c'est un triomphe. Les gens l'aiment et viennent la voir.
Elle vend pour un million de dollars d'emprunts, un chiffre sans
précédent.
Mais après quatre jours d'absence, Carole est impatiente de retourner auprès de son mari. (Elle entendait dire que Clark la trompait avec Lana Turner, sa partenaire). Carole veut prendre l'avion. Sa mère a peur en avion et Otto Winkler est contre l'idée mais Carole insiste. D'après une idée de Winkler, ils tirent finalement à pile ou face pour choisir entre le train et l'avion, Carole choisit pile et gagne.
Par hasard, Elaine Barrymore rencontre Clark le jour de ce voyage, il parle de Carole et de son amour pour elle. (Il lui a dit entre autre : "On raconte que je suis un homme à femmes, c'est vrai. Mais elle, elle est spéciale.").
Quelques heures plus tard, Clark et le pays apprennent la nouvelle qui laisse tout le monde en état de choc. Un avion s'est écrasé dans les montagnes au sud-ouest de Las Vegas. On pense que tous les passagers sont morts. Carole Lombard se trouvait à bord... (Le pilote a dévié sa route dans un espace interdit de survol. Il avait été licencié par la TWA car il était imprudent. Puis, il avait été réintégré. Clark attendait le retour de son épouse à la maison quand il a appris la nouvelle).
Clark est parmi les premiers arrivés sur le lieu de l'accident. Totalement désemparé, il espère que sa femme a survécu à la catastrophe mais le 18 janvier, c'est officiel : Carole Lombard et tous les autres occupants de l'appareil sont morts sur le coup.
La mort de Carole affecte profondément Clark. Il n'est plus désormais que l'ombre de lui-même. Comme lui, Hollywood et le pays tout entier sont plongés dans l'incrédulité et le chagrin. Tous les studios ferment ce jour-là. Le pays est choqué que cela puisse arriver à quelqu'un d'aussi énergique et plein de vie et tous portent le deuil, pas juste un jour ou deux mais durant des semaines.
Après la mort de Carole, Clark Gable est rongé par la culpabilité. Il roulait sur Sunset Boulevard à une vitesse inconsidérée si on veut vivre longtemps rapportera Robert Stack. Certains pensent qu'il est suicidaire ; cependant, ce n'est pas qu'il veut mourir mais il a perdu le goût de vivre.
En hommage
à sa femme, il s'engage dans l'aviation en 1942 et sert deux ans sous les
drapeaux en effectuant notamment des missions au dessus de l'Allemagne.
Même si l'Amérique s'enfonce de plus en plus dans la guerre, Carole
Lombard reste dans les mémoires. Son esprit sera célébré durant tout le
conflit. (Un navire de guerre porte son nom : le USS Lombard,
baptisé par Clark). Le président Roosevelt déclare Carole première femme
tuée dans la ligne du devoir pendant la guerre et lui attribue la médaille
présidentielle de la liberté par la suite ; il envoie également un
télégramme à Clark pour lui dire combien le pays est reconnaissant du
patriotisme de son épouse décédée.
Plus de soixante-dix ans après sa mort, Carole Lombard occupe toujours une place de choix dans le panthéon des stars hollywoodiennes. Son tempérament provocateur, sa gentillesse et son humour lui ont valu l'affection de tous et ses talents de comédienne font toujours le bonheur des spectateurs du monde entier.
Carole Lombard était un esprit libre, une pionnière féministe. Avec le recul, on réalise le rôle qu'elle a joué dans ce métier à travers ses films, ne correspondant pas à l'image de la femme que renvoyait la société de l'époque...